Les Amis de la Terre avait invité les Verts vendredi 23 janvier pour parler des nano-sciences et nano-technologies. La discussion a dérivé sur une technique différente : celle des puces Rfid.
Lors de cette soirée, deux invités grenoblois qui militent à “Pièces et main d’oeuvre” ont mis en garde l’assistance contre le techno-fascisme et plus particulièrement celui des Rfid. Une bonne partie du public a d’ailleurs levé l’étendard de la résistance à cette technique imposée par les savants et les politiques.
Dans les magasins par exemple, ces puces sont appelées à remplacer les code-barres des produits : il suffit de passer près du capteur pour que le code du produit et le prix soient directement saisis.Si le produit acheté conserve sa puce en dehors du magasin, il peut continuer à communiquer avec son environnement. Le vêtement pucé par exemple pourrait communiquer avec la machine à laver pour définir le bon programme de lavage. Le yaourt pourrait avertir le frigo que la date de préremption approche afin que celui-ci réalise un affichage d’avertissement sur la porte. Les déchets pourraient indiquer la poubelle correspondant à leur filière de recyclage.
Les puces les plus perfectionnées sont réinscriptibles et contiennent donc l’histoire de l’objet. Ainsi, les arbres plantés en ville et pucés informent l’agent municipal de leur variété, des maladies et traitements qu’ils ont eus, de la quantité d’eau nécessaire etc…
Dans le cas d’un vélo, on peut savoir d’où viennent toutes les pièces, à quel moment et où elles ont été assemblées, où et par qui le vélo a été vendu etc… On peut aussi connaître l’histoire de la viande de porc qu’on achète, depuis sa naissance jusqu’à l’assiette.
Une puce Rfid sur un arbre est donc plutôt pratique : cela évite de faire suivre un fichier de suivi de l’arbre. Connaître l’histoire ou la composition précise d’un produit n’est pas non gênant : j’ai accès à une information qui peut m’intéresser.
La situation est plus problématique lorsque la diffusion d’informations se fait à mon insu. Pourquoi un capteur aurait-il besoin de connaître les déplacements de mon vélo ou le cinéma où entre mon pull ?
Les capteurs eux-mêmes peuvent devenir bavards et se connecter entre eux par le réseau Internet : l’information émise par mon vélo, ma machine à laver le linge, mon frigo pourrait être collectée.
L’information collectée peut l’être avec les meilleures intentions du monde : pour planifier la vie de la collectivité ou peut m’offrir des services personnalisés. Le risque liberticide est pourtant là : cette information peut ensuite générer un profil précis de mes goûts, mes habitudes, mes déplacements. C’est déjà le cas à la médiathèque : on sait les livres que je lis ou les vidéos que je visionne. Mais cette information est locale et, je l’espère, non persistante.
Les puces ne sont acceptables que sous certaines conditions : que je connaisse leur existence, que je puisse les neutraliser, que je puisse garder mon anonymat, que je puisse accèder et détruire les fichiers qui me concernent.
L’innovation dans ce domaine est très active. Les Régions soutiennent ce type de recherche. Dans l’économie de la connaissance, les décideurs misent sur les nouveaux emplois que pourraient créer ces innovations.
D’un autre côté, toute une frange de la population est maintenant ouvertement technophobe. Les invités des Amis de la Terre appellent à la résistance active voire au sabotage. Leur position repose sur l’idée qu’on peut vivre aussi bien en se passant de nouvelles technologies imposées par les principaux pouvoirs marchands, politiques et scientifiques.
Pour autant, une société non technologique est-elle souhaitable ? Les technophobes après tout utilisent des lunettes, des trains, des frigidaires, de l’électricité, des caméras vidéo…
Les Verts sont traversés par ce débat comme l’ont montré les discussions en commission sur la technologie des téléphones UMTS.
Nous pourrions définir une position critique :
- pour chaque technologie, le citoyen devra disposer d’un espace de vie pré-technologique : le téléphone fixe dans les cabines ne devra être supplanté par le téléphone mobile, le traçage Rfid des aliments ne devra pas supplanter la production locale des paysans etc… Il faudra au moins une labellisation “produit garanti sans puce Rfid”, “espace garanti sans capteur” etc…
- pour chaque technologie, les Verts soutiendront les recherches qui équilibrent les dangers : pas de nano-produit sans analyse toxicologique, pas de Rfid sans détecteur d’onde pour les repérer, sans brouilleur d’onde pour les neutraliser, sans destructeur de Rfid pour celles qui sont imposées dans notre dos.
- devant la complexité de ces techniques, il faudra faire vivre un lieu citoyen où il faudra informer, former et décider. Il est vital que chacun mesure en quoi il est concerné par l’arrivée d’une nouvelle technique. Les comités d’éthique ne jouent qu’imparfaitement ce rôle. Pour qu’ils puissent influer sur les orientations de la recherche, il faudra un jour se résoudre à les doter d’un pouvoir actuellement impensable : un pouvoir absolu de véto.
En attendant, les Verts pourraient demander pour la Région ce qui existe au niveau national : une Commission Régionale Informatique et Liberté (CRIL) qui joue un autre rôle que simplement consultatif.
