Municipales: les ambiguïtés de la coopération
par Marc Vidal
Le nombrilisme est sans aucun doute une caractéristique des campagnes municipales.
Lorsque les candidats aux municipales de Toulouse ont parlé de l’International, c’était trop souvent pour décrire une ville dont le destin est de devenir un pôle de référence mondial !
C’est sans cette arrogance déplacée que les Verts ont introduit l’International dans leur programme (le programme est encore sur le site de campagne).
Nous y avons traité de l’attractivité de Toulouse mais aussi de la contribution à un monde de paix et la solidarité, ce qui est bien le moins qu’on puisse attendre d’un programme vert.
La coopération décentralisée sans être naïf
Les Verts sont conscients du devoir de solidarité qu’une ville riche comme Toulouse a par rapport au reste du monde. On utilise l’expression de « coopération décentralisée » pour décrire ces politiques d’échange et d’aide avec les pays pauvres.
Il convient de ne pas être naïf devant la réalité de ces politiques de coopération. Le récent « Livre blanc pour une politique de la France en Afrique responsable et transparente » (l’Harmattan, 2007) aborde longuement le sujet.
Devant les étroites relations que la France entretient avec des dictatures africaines, certes, la coopération décentralisée entre acteurs locaux apparaît comme une alternative aux impostures de la coopération nationale.
Or, dit le livre blanc, « on constate que cette somme d’expériences de terrain accumulée par des élus locaux s’insère davantage dans la ligne politique de la coopération française qu’elle ne cherche à la faire évoluer (…) L’importance des co-financements du ministère des Affaires Etrangères (…) accentue ce phénomène. (…) Ainsi dans ce contexte d’alignement de la coopération décentralisée sur la coopération nationale, la remise en cause des relations entretenues avec des régimes locaux autoritaires est rarement de mise ».
La coopération décentralisée peut facilement être récupérée et utilisée par un pouvoir dictatorial ami de la France :« On estime ainsi que le régime de Blaise Campaoré s’appuie beaucoup sur les nombreux liens de coopération décentralisée tissés avec des collectivités du Burkina Fasso pour redorer l’image de son régime en France ».
De même, au Togo, les municipalités mises en place par le pouvoir central «essaient de s’emparer politiquement des jumelages, ce qui explique les réticences de la population à participer aux projets locaux».
En réalité, la coopération entre la France et ses ex-colonies africaines change de nature avec l’importance croissante de l’Union Européenne.
Pour le livre blanc, la multilatéralisation des relations de coopération est une source d’espoir car « il paraît peu concevable que l’Union Européenne puisse mener une politique aussi opaque et nuisible que ne l’a fait la France ».
Cet espoir est plutôt à moyen terme car, pour le moment, la France guide en sous-main les politiques européennes à l’égard de l’Afrique. Les élections tchadiennes de 2001 (complètement truquées comme toujours) ont bien entraînées quelques protestations au Parlement Européen. Mais elles ont aussi montré comment l’influence de la France suffit pour paralyser l’action de l’UE.
A cette réelle influence française, il faut ajouter une mauvaise utilisation des fonds européens pour le développement (FED). La Commission Européenne qui en a la charge, les dépense sans réelle préoccupation sur leur utilisation par des régimes dictatoriaux. « On en arrive à de l’argent directement injecté dans les caisses de l’Etat gabonais, camerounais, togolais, centrafricain… », dit le livre blanc.
Le lobby françafricain toujours tout puissant
La ville de Toulouse ne doit pas refuser l’outil de la coopération décentralisée. Elle doit l’utiliser en étant bien consciente de ses ambiguïtés. Elle doit faire en sorte que son action ne puisse pas être récupérée et instrumentalisée par le lobby françafricain tout puissant dans les administrations de la Défense, des Affaires Etrangères et de la Coopération.
On en a eu encore un exemple, il y a quelques jours avec le dessaisissement de Jean-Marie Bockel du portefeuille de Secrétaire d’Etat à la Coopération, dans le cadre du remaniement ministériel post-municipales.
Comme le dit Survie, « c’est une véritable sanction à l’encontre de celui qui avait annoncé en janvier dernier vouloir signer l’acte de décès de la Françafrique. Dans une dépêche de l’AFP du 19 mars, un ministre affirmait qu’il n’excluait pas « qu’il y ait eu des pressions, notamment d’Omar Bongo (président du Gabon), pour faire partir Bockel du Quai d’Orsay.
En cédant aux pressions du dictateur gabonais, co-auteur de facto de ce remaniement ministériel, Nicolas Sarkozy pose ici un nouvel acte françafricain confirmant une nouvelle fois, si besoin en était, la perpétuation de pratiques vieilles de 50 ans».
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Pour plus d’informations sur le départ de Bockel , voyez cet article paru sur le site du “Point”.