Ramonville : une opportunité ratée

Par Henri Arévalo, tête de liste à Ramonville

Il faudra attendre encore plusieurs années avant que les Verts en Midi-Pyrénées disposent en direct de la gestion d’un territoire communal à forte lisibilité.


Ramonville, ville de 12000 habitants dans laquelle les Verts siégeaient depuis trois mandats constituait en 2008 une opportunité pour conquérir une telle position avec des conditions exceptionnellement favorables : le maire sortant candidat à Toulouse, une implantation historique des Verts avec des résultats réguliers significatifs, 19 ans de présence au Conseil avec un bilan très positif y compris à l’intercommunalité, la possibilité de mobiliser plusieurs réseaux citoyens, une commune ancrée à gauche, …

Pas d’accord sur le département

depeche_11_mars_2008.jpgComme on le sait il n’y a pas eu d’accord départemental avec le PS, alors même qu’il y avait un accord sur la ville de Toulouse. Cela a donné une certaine visibilité aux Verts (Cf. l’image cliquable de la Dépêche ci-contre) mais a empêché notre parti d’avoir la mairie de Ramonville qu’il méritait.

Dans ces conditions, les adhérents verts et leurs sympathisants ont décidé de poursuivre localement la négociation puis, suite à un nouvel échec dû au sectarisme local du PS, de s’engager dans une démarche autonome.
Notre groupe a jugé que cette opportunité pour les Verts ne pouvait être abandonnée car la possibilité de gagner seuls la mairie restait potentielle même si cela constituait un véritable défi.
C’était aussi poser un acte de résistance à l’hégémonie du PS qui voulait imposer sans aucune discussion leur candidat tête de liste.

Une liste autonome à Ramonville

Un appel de plus de 100 ramonvillois lançait l’opération “liste autonome” sans toutefois obtenir le soutien du PCF, trop soucieux de se garantir une indemnité d’élu, tout en dénonçant en parallèle dans la campagne des cantonales l’hégémonie du PS.
Le PRG apparaissant en une nuit comme un champignon dans le paysage local, sans doute en contre-partie de quelques avantages ailleurs pour mieux soutenir le PS.
De même, des militants socialistes locaux insatisfaits du choix de leur tête de liste n’ont pas fait le pas vers nous, rivetés définitivement à leur parti alors qu’ils considéraient au nom du pluralisme et du travail réalisé que nous avions une logique légitimité.
Les conditions pour notre démarche s’en sont durcis d’autant, mais convaincus que le combat méritait d’être mené, nous nous sommes engagés dans la bataille.

Notre campagne

Nous avons mené une belle campagne, avec une liste large et ouverte, accueillant des militants associatifs, avec une quinzaine de responsables locaux dont pas moins de sept présidents d’associations majeures dans la vie locale, deux Verts seulement, les autres adhérents ne pouvant pour diverses raisons s’inscrire dans la liste, avec sept anciens verts, un membre du mouvement altermondialiste en constitution en parti politique et un membre du Modem venu sur les bases de notre projet, clairement positionné à gauche et contre la droite libérale.

Le comité de soutien a rassemblé 170 membres, et c’est une soixantaine de personnes qui ont participé activement à la campagne. La communication a été remarquable grâce à l’implication de deux spécialistes locaux, ayant créé leur agence de communication d’économie solidaire. La dynamique du groupe a gagné de la force progressivement.

Nous avions pour objectif un minimum de 1400 voix, nous en avons obtenu 1426 soit 27% des exprimés. En fait, la droite ramonvilloise s’est effondrée avec 30% et la liste PS-PCF-PRG a conservé un score de 40%. Ce score l’a positionné en rapport de force pour le second tour puisque une triangulaire lui aurait été favorable.

Six élus à Ramonville

Nous savons que beaucoup de socialistes voulaient en terminer avec les écologistes locaux par ce biais mais le candidat socialiste s’était prononcé sur ma pression pour la fusion au débat sur TLT et Pierre Cohen avait déjà indiqué le dimanche soir que le PS nous donnerait 6 sièges.

Notre négociations visaient à s’approcher de la proportionnelle qui nous donnait 11 sièges puisque nous représentions 39% de la gauche. Nous avons immédiatement concédé la majorité de 17 sièges au candidat socialiste mais nos efforts de négociations n’ont pu aboutir pour obtenir au moins 8 sièges, peut-être suite à un dysfonctionnement interne aux Verts 31.
Cette insuffisante représentation au Conseil Municipal a révolté les militants locaux, adhérents verts ou ceux qui lors de la campagne avaient ressenti la nécessité d’inscrire leur action dans le cadre de notre parti.

Notre liste dispose de 6 sièges avec 4 délégués à l’exécutif et 4 à l’intercommunalité dont une Vice-présidence déléguée potentielle.

Nous n’obtenons pas plus que ce que nous avions déjà mais une dynamique locale est engagée et le groupe est déterminé à poursuivre le combat autour des valeurs qui l’ont uni. Reste aujourd’hui pour moi, de faire en sorte qu’ils reconsidèrent leur opinion des Verts et aient envie de nous rejoindre.

Les Verts de Midi-Pyrénées ont-ils pris la mesure de l’enjeu que représentait Ramonville pour leur progression dans la région ? Ce territoire a t-il été sacrifié pour d’autres objectifs, qui même s’ils étaient pertinents ne s’opposaient pas aux objectifs ramonvillois, loin s’en faut ?

S’il le faut, je le referai…

Personnellement, je ne regrette rien sur nos choix collectifs. Nous illustrons que faire de la politique autrement est possible même si cela se paye cher. Ici localement nous avons appliqué deux choses fondamentales : ne jamais accepter de subir un pouvoir hégémonique et refuser de se faire acheter.

Conduire une telle démarche reste très difficile notamment dans la gestion du groupe, pour concilier au plus juste les aspirations individuelles et l’intérêt général de la démarche. J’en tire beaucoup d’enseignements pour éviter par la suite de reconduire certaines de mes erreurs. Cette démarche aura ouvert en moi de nouvelles blessures mais je sais compter sur ma capacité de cicatrisation.
Elle aura surtout ouvert de nouvelles fraternités que je n’aurais pas connues en me rangeant très vite derrière les socialistes et en répondant à l’appel des sirènes.

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