par Marc Vidal
La loi, toujours connue sous le nom de loi sur “l’autonomie des universités”, est présentée ce mois-ci au parlement.
Il s’agit d’un texte assez compliqué qui nécessite d’être mis en perspective par les autres réformes votées ces dernières années.
Je m’y essaie dans le document joint (au format pdf) ou brièvement dans cet article.
Que faut-il en penser en quelques mots ?
Il faut reconnaître qu’il y a un accord presque général sur la nécessité d’une réforme. La loi proposée sera peut-être accompagnée d’une véritable augmentation budgétaire attendue depuis longtemps.
Son contenu, lorsqu’on le regarde en détail, est parfois en droite ligne avec ce qu’on appelle l’héritage républicain : pilotage étroit de l’Etat (complètement occulté par la prétendue “autonomie”), organisation qui fera forcément surgir une élite clairement repérable, idéologie très républicaine aussi, de la méritocratie à tous les niveaux.
Il y a, depuis toujours, deux missions dévolues à l’enseignement supérieur : former pour l’économie et transmettre le savoir pour lui-même. L’option “professionnalisante” apparait être le choix implicite des réformes en cours. Ceci d’ailleurs ne pose pas de problème en soi tant qu’on n’oublie pas les autres missions de l’Enseignement Supérieur.
Les conséquences possibles ne sont pas minces. Le statut des Maîtres de Conférence pourrait, de fait, éclater dans un certain nombre d’universités. Toujours, en ce qui concerne les problèmes statutaires, le statut de fonctionnaire ne sera plus la règle et il y aura coexistence de diverses formes juridiques (CDI, CDD…). Une diversification des ressources (droits d’entrée, notamment) n’est pas à l’ordre du jour mais c’est une évolution très possible.
Le point le plus contesté reste la nouvelle répartition des pouvoirs à l’intérieur de l’université.
Pour les observateurs extérieurs à l’Université, les réformes en cours apparaissent acceptables voire souhaitables. Les points qui posent problème apparaissent, pour la plupart, plutôt techniques. Quant au statut des fonctionnaires, il est certes hautement symbolique, mais la grande partie des salariés a fait depuis longtemps son deuil de la stabilité de l’emploi.
Il ne faut donc pas s’attendre à une grosse opposition à cette loi qui de plus sera votée en plein mois d’été.
En réalité, la vraie nature de ces réformes est bonapartiste.
Elle reconcentre des pouvoirs importants dans l’appareil d’Etat. C’est notamment le cas pour la recherche où les organismes indépendants comme le CNRS seront progressivement affaiblis.
L’idéologie bonapartiste qui sur valorise l’efficacité, la compétition et l’élitisme est partout en filigrane dans les textes.
Or une telle orientation ne manquera pas de rigidifier la société et de systématiser la reproduction sociale qui a atteint ces dernières années un niveau inquiétant (l’ouverture des Grandes Ecoles aux enfants d’ouvriers a diminué d’environ 10% et n’est plus qu’anecdotique).
Elle peut même être contre-productive dans les objectifs qu’elle s’est fixés.
Avec ou sans cette loi, un autre modèle de l’enseignement et de la recherche est possible. Les moyens existent.
Mots-clefs : éducation, loi LRU, université